Maladies & ravageurs

Comment limiter naturellement les dégâts des carpocapses sur vos pommiers

Par Maxime
5 minutes

Reconnaître et comprendre le carpocapse du pommier : l’ennemi n°1 des pommes


Discret mais redoutable, le carpocapse (Cydia pomonella), souvent appelé « ver des pommes », est l’un des principaux ravageurs des pommiers en France. Sa larve – ce fameux petit ver blanc rosé – perce les fruits, creusant des galeries et rendant les pommes impropres à la consommation ou à la conservation.


Mais avec quelques gestes réfléchis et des méthodes naturelles, il est possible de limiter considérablement ses dégâts sans recourir aux pesticides chimiques. Tour d’horizon des solutions écologiques pour protéger verger et récolte.


Le cycle du carpocapse : savoir quand agir


Du printemps à la fin de l’été, le rythme biologique du carpocapse encourage à une vigilance régulière :


  • La première génération d’adultes (petits papillons gris bruns) prend son envol dès la floraison terminée, généralement courant mai.
  • Après l’accouplement, les femelles pondent sur les feuilles ou directement sur les fruits jeunes.
  • Les larves (vers) éclosent, pénètrent la pomme en creusant un trou proche du pédoncule et évoluent à l’intérieur en mangeant la chair. On les retrouve parfois dans poires et noix.
  • Au bout de quelques semaines, la larve sort du fruit pour hiverner sous forme de cocon caché sous l’écorce ou dans les débris du sol.

Deux à trois générations peuvent se succéder en saison chaude, augmentant l’incidence des attaques si aucune mesure n’est prise.


Repérer les premiers signes d’infestation sur vos pommiers


  • Présence de petits trous sur la peau des jeunes pommes, parfois entourés d’une coulure brunâtre (excréments larvaires).
  • Pis, apparition de pommes qui tombent prématurément.
  • En coupant un fruit atteint : galerie interne, pépins noircis, et une ou plusieurs larves à l’intérieur.

L’anticipation – à l’observation des premiers vols de papillon ou à l’examen des fruits précoces – est essentielle pour limiter l’intensité des attaques.


Briser le cycle du carpocapse : gestes et méthodes naturelles au verger


1. Ramassage et gestion des fruits tombés


  • Ramassez régulièrement (tous les 2-3 jours) les pommes au sol, principales sources de contamination future. Détruisez-les (poules, compostage à chaud, incinération… mais ne laissez pas au sol ni dans le tas de compost non contrôlé).
  • Nettoyez le tour du tronc, les vieilles écorces et débris, abris de cocons d’hiver.

2. Piégeage sexuel : la confusion et les pièges à phéromones


  • Les pièges à phéromones (deltatraps avec diffuseur spécifique) attirent les papillons mâles, réduisant les accouplements et permettant de surveiller le début des vols.
  • Débutez la pose juste avant l’envol (mai) et laissez en place jusqu’à fin juillet. Changez le diffuseur selon les recommandations (toutes les 4 à 8 semaines).
  • Surveillez le nombre de papillons capturés : cela permet d’ajuster vos actions et d’anticiper les pics d’infestation. Un piège pour 2 à 3 arbres peut suffire dans un petit verger familial.
  • La confusion sexuelle (diffusion massive de phéromones) demande une installation homogène sur plusieurs centaines de m² et est surtout utilisée en production professionnelle.

3. Bandes de carton ondulé autour des troncs


  • Au début de l’été, entourez chaque tronc d’une bande de carton ondulé (15-20 cm de haut), bien appuyée, à 30-50 cm du sol.
  • Les larves, en quête d’un abri pour la nymphose, s’y réfugieront. Retirez et brûlez ou compostez à chaud ces pièges toutes les 3 à 4 semaines entre juin et septembre.
  • Astuce : cette méthode vaut aussi pour piéger d’autres parasites hivernants !

4. Favoriser la biodiversité pour introduire des auxiliaires


  • Oiseaux insectivores (mésanges, rouges-queues…), chauves-souris, guêpes parasitoïdes et carabes consomment les larves et les cocons de carpocapse.
  • Installez nichoirs à mésanges, hôtels à insectes et zones enherbées au verger pour attirer ces précieux alliés.
  • Laissez une part de verger « sauvage » pour augmenter la diversité d’auxiliaires naturels.

5. Traitements naturels ciblés (à renouveler si nécessaire)


  • Le Bacillus thuringiensis (Bt) : cette bactérie, pulvérisée en traitement préventif sur le feuillage/l’arbre au moment des premiers vols de papillons, s’ingère par la jeune larve et bloque son développement. Respectez strictement le mode d’emploi (pulvérisation par temps sec, sur parties aériennes, renouvellement après la pluie).
  • Infusions anti-insectes : extraits de pyrèthre naturel, infusions d’absinthe ou de tanaisie, à pulvériser au soir, freinent ponctuellement l’appétit des jeunes larves – mais prenez garde à la faune utile et respectez les dosages pour préserver la biodiversité.

Attention : ces remèdes naturels sont à réserver aux pics d’infestation ; privilégiez d’abord la prévention mécanique et biologique.


Check-list naturelle anti-carpocapse pour chaque saison (à imprimer ou à coller dans votre abri !)


  1. Avant floraison (mars-avril) : brossage du tronc, nettoyage autour de la base, suppression des vieilles écorces, installation des nichoirs.
  2. Juste après floraison (mai-juin) : pose des pièges à phéromones, observation régulière des captures, installation des bandes cartonnées.
  3. Entre mi-juin et fin août : ramassage systématique des fruits tombés, changement des bandes/cocons toutes les 3 semaines, surveillance des fruits sur l’arbre.
  4. En cas de forte pression : traitement Bacillus thuringiensis au début de la sortie des larves (lors du pic de vols adultes).
  5. Fin d’été – automne : dernier ramassage de fruits, suppression des bandes de piégeage, nettoyage du verger, taille légère si besoin.

Questions fréquentes sur la lutte naturelle contre le carpocapse


  • Des filets anti-insectes seraient-ils efficaces ?
    Utilisés juste après la floraison, les filets à mailles ultra-fines placés sur l’ensemble de l’arbre empêchent la ponte des papillons. Cela nécessite cependant une installation méticuleuse et peut gêner la pollinisation ou la croissance de branches si posé trop tôt.
  • Doit-on traiter tous les ans ?
    La lutte mécanique (ramassage, bandes) et biologique (nichoirs, Bt) est à renouveler tant que le risque persiste, mais la pression diminue fortement au fil des ans si les gestes sont réguliers.
  • Que faire des fruits infestés ?
    Évitez de les jeter dans le compost ordinaire, sauf si celui-ci chauffe suffisamment (au-dessus de 60°C). Privilégiez leur destruction ou donnez-les à des poules, qui consomment les larves.

Idées bonus pour vergers plus sains


  • Plantez des plantes compagnes répulsives : lavande, tanaisie, souci (Calendula), dont l’odeur perturbe certains insectes nuisibles.
  • Misez sur la diversité variétale : les variétés anciennes ou rustiques sont souvent un peu moins sensibles aux attaques sévères.
  • Arrosez au pied, aérez la couronne, taillez les branches trop denses pour limiter l’humidité favorable à la survie des cocons.

En résumé : protéger naturellement la récolte, c’est miser sur l’équilibre


Limiter les ravages du carpocapse repose avant tout sur la prévention, l’observation et l’encouragement des équilibres naturels. La combinaison de méthodes simples, mécaniques et biologiques permet de sauver la majorité de sa récolte, tout en préservant la santé du verger, des sols et de la biodiversité.


En appliquant ces bons réflexes, chaque jardinier contribue à des pommiers robustes et des pommes plus saines, année après année. À vos vergers, nature et récolte seront vos alliés !

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